Véronique Erard-Guenot, Le Quotidien Jurassien, publié le 14 mai 2021.

> Bellelay et les Franches-Montagnes avec leur Tête de Moine ainsi que l’Ajoie et sa Damassine sont désormais référencés parmi les «Grands sites du goût» du pays.

> Ce projet de réseaux gourmand, qui vise à positionner la Suisse sur la carte des destinations gastronomiques, devrait se concrétiser d’ici une année.

> Les régions adhérentes devraient y gagner en notoriété et visibilité.

Imaginez une carte de la Suisse. Une carte pas comme les autres. De celles qui émoustillent les papilles. Qui catalogue, non pas les destinations phares habituelles, mais des points de chute gourmandes.

Depuis deux ans, la Fondation suisse pour la promotion du goût, que pilote l’ancien politique vaudois Josef Zisyadis, travaille à dessiner ce tour d’horizon gustatif afin de positionner la Suisse sur la carte des destinations gastronomiques. Car à l’inverse de la France ou de l’Italie par exemple, nos terroirs gourmands sont souvent méconnus.

Extension attendue

A ce jour, neuf régions romandes et tessinoises, qui s’appuient sur un produit emblématique, ont déjà rejoint le projet: entre autres, le Val de Travers et sa fameuse absinthe, l’Ajoie et sa Damassine, Bellelay et les Franches-Montagnes avec leur Tête de Moine ou encore le Tessin avec son merlot. Des discussions sont actuellement engagées en Suisse alémanique afin d’élargir le réseau à une vingtaine de sites.

Le lancement de ce concept est notamment soutenu par Innotour, programme fédéral d’encouragement, avec quelque 300 000 fr. engagés sur trois ans.

«Notre objectif est d’être un marqueur pour des produits de qualité, réputé dans leur région, mais qui ne jouissent pas encore d’une notoriété plus large, internationale, explique Jean-Marc Imhof, nouveau coordinateur romand. Personne ne vient en Suisse par exemple dans l’intention de découvrir le Sbrinz alors que c’est un produit magnifique! Il s’agit de valoriser la production locale, le travail de nos agriculteurs, producteurs et transformateurs, de façon à préserver l’artisanat de qualité dans notre pays.»

Signalétique en 2021

Le responsable l’admet, la réalisation du projet accuse un certain retard, pris notamment en raison de la crise sanitaire. Il s’agit aujourd’hui de passer à la vitesse supérieure. Soit sortir des échanges entre professionnels initiés pour entrer dans une démarche de communication publique.

«Nous espérons que la signalétique des premiers sites adhérents pourra être réalisée cette année encore. Cette implémentation de la marque se fera par étapes. D’ici une année, dès que le projet sera concrétisé avec une vingtaine de sites reliés, nous disposerons d’une envergure nationale qui nous permettra d’entrer dans des campagnes de communication avec Suisse Tourisme», poursuit Jean-Marc Imhof.

Intérêt pour le terroir

Quels avantages peuvent tirer l’Ajoie, Bellelay et les Franches-Montagnes à être ainsi cartographiés? «Une visibilité supplémentaires, une communication autre que celle de Jura & Trois Lacs», répond Guillaume Lachat, directeur de Jura Tourisme, qui pilote les participations jurassiennes en collaboration avec les Interprofessions de la Tête de Moine et de la Damassine ains que Jura bernois Tourisme.

«Nous n’avons pas attendu ce projet pour découvrir nos produits, lance le responsable. Nous travaillons de longue date avec la Tête de Moine, mais ce projet a retenu notre attention car il nous offre d’autres possibilités pour développer la notoriété et la visibilité de la région. C’est d’autant plus intéressant qu’à l’échelle suisse, nous observons un intérêt assez fort pour les produits du terroir au sens large.»

Par ailleurs, espère le directeur, cela permettra d’inscrire certains sites dans un réseau de partenaires partageant les mêmes problématiques et préoccupations, de quoi favoriser les échanges, le développement de produits attrayants ou permettre d’améliorer certains services ou prestations.

Ce partenariat, encore modeste, ne révolutionne pas encore le tourisme dans la région, estime Guillaume Lachat, qui espère voir l’opération prendre une nouvelle dimension avec l’adhésion de destinations alémaniques.

Contribution annuelle

Les Grands sites du goût jurassiens capitaliseront d’abord sur les événements et produits existants, tels la Fête de la Tête de Moine et les visites de fromagerie ou encore le Musée suisse des fruits et de la distillation à Porrentruy pour la Damassine. Des réflexions sont menées afin de concrétiser d’autres événements ou projets. A noter que la contribution de chaque site au réseau national s’élèvera à 5000 fr. par an.

Une stratégie de filière

> «Ce projet associant une région à un produit-phare est séduisant», considère Alain Perret, président de l’Interprofession de la Damassine. Qu’en attendre? Une visibilité accrue sur les produits, via notamment un programme marketing porté par une institution, une augmentation des visiteurs sur les sites et une mise en valeur des terroirs, espère l’Ajoulot. «Pour l’instant, nous n’avons pas poussé la réflexion quant à l’organisation de nouvelles animations mais sommes sur le point de lancer un plan marketing autour de la Damassine.»

> L’intégration de l’Interprofession de la Tête de Moine au réseau des Grands sites suisses du goût s’inscrit dans la stratégie de la filière, consistant à renforcer l’ancrage du produit dans sa région de production avec notamment le développement d’un réseau de fromageries de démonstration à Bellelay, à Saint-Imier, à Saignelégier et au Noirmont. L’Interprofession attend notamment de cette participation qu’elle donne une visibilité à la Tête de Moine et à son offre touristique.