Ludovic Pillonel, Agri Hebdo, publié le 14 mai 2021.

Lancé en octobre 2018, le projet «Les grands sites du goût» vise à placer la Suisse sur la carte des destinations gourmandes. Le monde agricole est l’un des acteurs clés de la démarche. 

La Suisse, ses banques, ses montres, son chocolat et… son chasselas du Lavaux, ses truffes de la région de Grandson, son absinthe du Val-de-Travers. C’est avec ce genre de références que les porteurs du projet «Les grands sites du goût» souhaitent alimenter l’image véhiculée par notre pays. «La Suisse possède des traditions culinaires séculaires et des produits authentiques méconnus. Presque personne ne sait par exemple que le sbrinz est l’ancêtre du parmesan», déclare Josef Zisyadis.

Epicurien dans l’âme, cet ancien homme politique co-fondateur de la Semaine du goût, rêvait depuis de nombreuses années à la création d’un réseau pour inscrire la Suisse sur la carte des destinations gastronomiques. L’obtention d’une aide financière d’environ 300 000 francs sur trois ans via le fonds Innotour ainsi que le partenariat réalisé avec l’Office du tourisme du canton de Vaud et GastroVaud ont donné l’élan nécessaire.

A ce jour, neuf sites du goût, dont sept en Suisse romande, ont rejoint la démarche dont l’existence à moyen terme semble assurée grâce à l’appui récent d’un nouveau sponsor alors que le soutien fédéral porte sur la période allant d’octobre 2018 à septembre 2021.

La plupart de ces régions ont défini un ou plusieurs produits emblématiques susceptibles de séduire les touristes en quête de saveurs locales. Il s’agit de l’Ajoie et sa damassine, de Bellelay (JB) et sa Tête de Moine AOP, du Val-de-Travers (NE) et son absinthe, de la région de Grandson et ses truffes, du Lavaux et son chasselas, du Chablais et son sel des Alpes, du Grand Entremont et sa Raclette du Valais AOP. Le Tessin complète la liste actuelle des grands sites du goût avec son merlot, au même titre que le Val Poschiavo (GR), à travers sa démarche «100% Val Poschiavo», qui consiste à focaliser son offre sur les produits de son terroir.

Dix autres destinations gourmandes, dont le Gros-de-Vaud, pour son blé et son pain, Genève et ses saveurs ville-campagne, la vallée du Rhône par le biais de ses cépages sur les murs en pierres sèches ainsi que les Préalpes fribourgeoises et leur fondue, pourraient contribuer à atteindre l’objectif de 20 grands sites du goût fixé pour 2022.

Des comités locaux

Dans chaque coin de pays impliqué, un comité réunissant les différents acteurs concernés sera chargé de promouvoir le patrimoine oenogastronomique local, via l’organisation d’événements comme des balades gourmandes, des dégustations, des repas à thème, des conférences, des ateliers ou autres. Il pourra, pour ce faire, solliciter les conseils de l’équipe opérationnelle du réseau, elle-même appuyée par un comité d’experts. «La plupart des sites ne nous ont pas attendu pour développer leur  offre. L’objectif sera bien sûr aussi de mettre en avant ce qui existe déjà», précise Josef Zisyadis.

Un séminaire annuel, des visites et des formations thématiques sont autant de leviers envisagés pour fédérer et stimuler toutes ces régions partageant les mêmes préoccupations et la même approche touristique. 

Un site internet a été créé dans le but de centraliser la communication. Des événements médiatiques seront mis sur pied chez les producteurs, les vignerons et les restaurateurs, et la promotion du concept de «Suisse gourmande» sera assurée en collaboration avec Suisse Tourisme.

Séjours sur mesure

En partenariat avec «Slow Food Travel», des séjours touristiques vont être développés spécifiquement pour les grands sites du goût. Ces offres comprendront des possibilités d’hébergement (hôtel, chambres d’hôte, gîtes ruraux, etc), des lieux faisant la part belle à la gastronomie de la région (restaurants, auberges, châlets d’alpage, tables d’hôtes) et des activités en lien avec les acteurs locaux (agriculteurs, vignerons, accompagnateurs en montagne) autour de la production alimentaire, des traditions gastronomiques et du patrimoine. 

Dans la continuité du soutien fédéral via le fonds Innotour, chaque site partenaire sera tenu de verser annuellement une cotisation de 5000 francs au réseau national. Il pourra financer tout ou partie de cette somme grâce à la vente de couteaux Helvetix, élaborés en partenariat avec la société jurassienne Swiza pour servir d’ambassadeurs au projet.

«La phase de mise en réseau des grands sites du goût touche bientôt à sa fin. La prochaine étape consistera à développer cette marque. Nous avons été retardés à cause du  Covid», explique Jean-Marc Imhof, coordinateur pour la Suisse romande.

Une fondation pour quatre projets

Les grands sites du goût font partie des projets de la Fondation pour la promotion du goût, dont Josef Zisyadis est le directeur. Basée à Lausanne, cette organisation d’utilité publique, sans but lucratif, a pour objectif «la promotion, la mise en valeur, la défense de produits de qualité et de bon goût, respectueux des traditions culinaires et œnologiques de leur région de production». Elle vise aussi à sensibiliser les jeunes générations à la nécessité de préserver ce riche patrimoine culinaire.

Née il y a plus de deux décennies, la Semaine suisse du goût est une initiative bien établie. «Ce rendez-vous ponctuel se décline en 3000 événements. Un réseau composé d’une septantaine d’organisations y est associé», relève son co-fondateur Josef Zisyadis.

Le Mérite culinaire de Suisse a quant à lui connu sa première édition l’année dernière. Cette distinction a vu le jour afin de mettre en valeur la gastronomie helvétique, représentée par de nombreux établissements de qualité. «La Suisse est le pays qui compte le plus de tables étoilées au kilomètre carré», souligne Josef Zisyadis.

Baptisé «Swiss Wine Tour», le dernier projet piloté par la Fondation pour la promotion du goût a été officiellement lancé le mois dernier. Sa mission? Rassembler, à travers une plateforme, une sélection d’offres oenotouristiques. Si aujourd’hui, le «Swiss Wine Tour» réunit Genève, le Valais, le Tessin, Vaud, Neuchâtel et Berne (région de Bienne-Seeland), l’intégration de davantage de régions alémaniques est souhaitée afin de couvrir l’entier du territoire suisse.

Des fonds à hauteur de 1,7 million de francs ont été levés pour réaliser ce projet sur une durée de trois ans.